Pour rappel, nous avons été lanceurs d’alerte sur la fermeture des guichets qui s’opère dans le plus grand silence sur tout le territoire. Constructifs, notre alerte a été l’occasion pour la Région et Laurent Wauquiez de signer un moratoire en juin dernier destiné à stopper l’hémorragie et la fermeture des gares. Nous avons soutenu cette initiative en espérant qu’elle déboucherait sur un revirement de la SNCF. Quel n’est pas notre déception à la lecture du rapport soumis à la CP du 19 septembre !

  • Il n’y a aucun moratoire puisque la SNCF ne s’est engagée à rien, et surtout pas à ne plus fermer de guichets…
  • Pire : lorsque la SNCF décidera, seule, de ferme encore de nouveaux guichets, c’est la Région qui paiera les mesures compensatoires pour les usagers !

En effet, loin de freiner la fermeture des guichets SNCF sur tout le territoire, la Région en valide le principe et va même accélérer le processus de recul inacceptable du service public ferroviaire. Aucun moratoire n’est acté : la SNCF ne s’engage à rien. Pire, nous constatons au contraire que ce mouvement va s’accélérer avec l’aval de la Région elle-même ! En effet, le rapport soumis au vote des conseillers régionaux légitime la fermeture des gares et des guichets. Il est en effet écrit que « la Région admet que le modèle économique du point de vente en gare connaît des problèmes de viabilité ». Ainsi, Laurent Wauquiez fait valoir une vision strictement comptable et libérale du service public loin des besoins des populations dans des territoires déjà fortement frappés par le recul de l’Etat.

Le rapport va même plus loin, puisque la Région va financer elle-même les mesures palliatives à la fermeture des gares. En effet, il est proposé d’installer des bornes auprès de dépositaires (commerçants, bistrots, buralistes, coiffeurs, relais colis…) qui pourront délivrer l’ensemble des titres de transports de la SNCF : TER, Cars mais aussi les titres TGV… aux frais du contribuable régional puisque c’est la région qui les financera ! En clair, le conseil régional va financer le retrait d’un service public, alors que la moindre des cohérences aurait été d’imposer à la SNCF de payer ces mesures.

Au total, loin des coups de menton et des déclarations péremptoires après la signature du moratoire, le président de région s’est montré en vérité impuissant face à la SNCF. Nos gares vont malheureusement continuer à fermer. Et comble de l’absurde, nous allons financer leurs fermetures !

C’est d’autant plus inconcevable que la convention qui lie la SNCF à la région votée en novembre 2018 contraignait, dans son article 12.2, la SNCF à mettre en œuvre et à financer elle-même des solutions alternatives lorsque des fermetures de guichet étaient envisagées : « Dans les cas particuliers où SNCF Mobilités souhaite procéder à une modification majeure de la distribution au guichet dans une gare située en zone rurale, conduisant à la fermeture de celui-ci, il en informe la Région au moins 6 mois avant la mise en oeuvre effective de cette modification et lui présente pour échange et concertation, un dossier comprenant une étude d’impact et les solutions alternatives en recherchant notamment des Points de Contact Clientèle (PCC) […] . La recherche de solutions et le montage partenarial éventuel d’un PCC sont réalisés par SNCF Mobilités, qui tient informée la Région ».

Plutôt que d’obliger la SNCF à respecter la convention qu’elle a signée en 2018 et pour laquelle la région verse chaque année un demi-milliard d’euros pour offrir un service ferroviaire aux usagers, la Région accepte de payer elle-même la fermeture des guichets…

Jean-François DEBAT, Président du groupe Socialiste & Démocrate