Depuis le début de la crise sanitaire, notre région, par la voix de son président, a annoncé un certain nombre de mesures et d’actions avec des volumes financiers qui exigent une vraie clarification. Chaque jour ou presque, Laurent Wauquiez annonce vouloir mobiliser des millions d’euros pour tel ou tel secteur. Ces annonces donnent le tournis.

Or, faute de document budgétaire de synthèse, il est impossible de savoir s’il s’agit d’argent supplémentaire consacré à la crise du COVID-19 ou d’une réaffectation des sommes votées dans le budget régional en décembre dernier. Or, si c’est le cas, il y aurait un vrai risque de mettre en péril la continuité de l’action publique, au détriment de politiques publiques régionales essentielles. A ce stade, nous n’en savons rien. Les élus et les Auralpins ont le droit de savoir à quoi correspondent les sommes annoncées : un redéploiement de ce budget ou une nouvelle enveloppe?

Il faut passer des annonces aux actes. En guise d’illustration, nous nous étonnons par exemple des déclarations du ministre de l’Action et des Comptes publics, M. Gérald Darmanin, qui a annoncé, ce lundi devant la commission des finances de l’Assemblée Nationale, que la Région Auvergne-Rhône-Alpes n’avait toujours pas versé de contribution au fonds de solidarité pour venir en aide au secteur économique. Cela appelle une nécessaire clarification.

C’est la raison pour laquelle, nous demandons le vote d’un budget supplémentaire pour faire face à la crise sanitaire de manière sérieuse et responsable. C’est la seule solution pour passer des annonces aux actes. La seule qui puisse garantir les modalités de contrôle et de transparence dans l’exécution des décisions nouvelles induites par la crise. La seule qui permette, enfin, d’assurer la continuité de l’action publique dans le respect des compétences de la région. L’ampleur de la crise, la perspective du déconfinement et les conditions de reprise de l’activité dans notre région passent nécessairement par le vote d’un nouveau budget.

Depuis le début de crise nous avons joué le jeu de l’unité. La multiplication des annonces exige maintenant aussi un contrôle démocratique par les élus régionaux.

En complément de ce nouveau budget que nous réclamons, nous formulons plusieurs propositions au regard de l’urgence posée par un certain nombre de situations :

• Une aide pour lutter contre la précarité alimentaire

Nous réitérons une aide de 100€ pour les lycéens les plus modestes en prise avec la précarité alimentaire dans cette période. La Région pourrait réfléchir à rouvrir les cantines de certains lycées afin de permettre la distribution de colis alimentaires pour les lycéens qui en ont le plus besoin. La précarité alimentaire en raison du confinement, de la fermeture des cantines scolaires et de la perte de revenus pour les ménages a bondi de 45%. Il est urgent d’avoir une action régionale.

• Education : un vrai service public régional de la continuité pédagogique

La fermeture des établissements scolaires a, sans doute durablement, accentué les inégalités scolaires et sociales. Le décrochage s’accentue en raison de la difficulté du maintien d’une continuité pédagogique dans des contextes de fracture numérique avec des familles pas ou mal équipées en outils numérique, souvent sans accès à Internet. La mise à disposition de matériel informatique doit être accentuée comme la mobilisation d’un service de soutien scolaire à distance. La Région Nouvelle-Aquitaine a mis en place un service d’aides aux devoirs par téléphone, ouvert à tous de 9h à 18h. Nous avons demandé à Laurent Wauquiez de s’en inspirer afin de mettre en œuvre un vrai service public régional de la continuité pédagogique.

• Un chèque tourisme pour relancer le secteur et construire une offre pour les vacances d’été

Le secteur du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration a été le premier à fermer. Ils seront les derniers à rouvrir avec des conséquences économiques d’une ampleur inédite. C’est pourquoi nous demandons que la Région mette en place un chèque tourisme sur le modèle des chèques vacances pour inciter à une reprise de l’activité du secteur dans notre région. Des présidents de Région et des présidents de départements militent pour la mise en œuvre de cette solution. Nous demandons à Laurent Wauquiez de reprendre à son compte cette proposition. Par ailleurs, nous savons que les vacances d’été seront très fortement bouleversées. Nous proposons que la région facilite une offre de loisirs sur des centaines de destinations touristiques dans notre région à destination des jeunes et des familles.

• Mobiliser les fonds européens pour financer la santé et bâtir un « Green New Deal » régional

L’Union européenne a annoncé qu’elle ne demanderait pas aux Etats de rembourser les fonds non utilisés dans le cadre des programmes structurels européens alors que les Etats auraient dû rembourser cet argent d’ici au mois de juin. C’est 8 milliards d’euros qui sont mobilisables en Europe et 650 Millions en France. Le Conseil Régional Auvergne-Rhône-Alpes doit faire savoir immédiatement à l’Etat et à la Commission Européenne son intention de mobiliser rapidement ces fonds « dormants » au titre de ses programmes européens (FEADER, FSE, FEDER). Il sera impératif de réorienter ces fonds dans le financement de systèmes de santé et en initiant un programme de relance axée sur la transition écologique comme par exemple dans le secteur du BTP en lançant un vaste plan de réhabilitation thermique des logements ou en relocalisant nos industries les plus stratégiques.

• Culture : notre priorité doit être les Indépendants

Le secteur culturel va durablement être affecté par la crise sanitaire, y compris dans l’hypothèse d’une reprise de l’activité avec la réduction des jauges des salles de spectacle rendue indispensable par la distanciation physique. La Région doit se fixer comme priorité le soutien au secteur des Indépendants : festivals, labels, scènes indépendantes, librairies, producteurs, cinémas d’art et d’essai. Nous ne sous-estimons pas les difficultés des structures conventionnées mais ils doivent voir leurs financements sanctuarisés par leurs financeurs (Etat, ville, Région). Les Indépendants, premières victimes de la baisse des budgets dans cette mandature, seront les victimes les plus nombreuses de cette crise. Ils devront avoir toute notre attention.