Laurent Wauquiez a annoncé vouloir mettre en œuvre une campagne de tests d’envergure dans notre région à la veille des fêtes de noël. Du strict point de vue de l’efficacité pour la santé publique, cette initiative n’a aucun sens.

Primo, parce qu’une campagne de dépistage en population générale avec, principalement, des tests antigéniques pourrait donner une fausse sécurité aux personnes dépistées qui obtiennent un résultat négatif. En effet, la fiabilité de ces tests n’est pas totale par rapport aux tests PCR. Dans un avis rendu fin septembre, la Haute Autorité de Santé rappelait que les test antigéniques n’avaient d’intérêt que pour les personnes symptomatiques et s’est prononcé favorablement pour leur utilisation pour trois situations uniquement : les personnes qui ont des symptômes, les cas contacts sans symptômes et les populations qui vivent, étudient ou travaillent dans des lieux confinés qui favorisent la transmission du virus à un grand nombre de personnes (universités, abattoirs, …) dans l’objectif de débusquer des clusters. La Haute Autorité de Santé a par ailleurs mis en garde contre les niveaux de performance très hétérogènes des tests antigéniques selon les fabricants.

Mais surtout, une campagne de dépistage juste avant Noël pourrait donner une « fausse garantie » aux personnes : celle de pouvoir passer Noël en famille sans risquer de contaminer leurs proches et notamment les personnes âgées. En effet, il est tout à fait possible d’être testé négativement le 20 décembre et, néanmoins, de contracter le virus dans les jours qui suivent. Le test n’est efficace que si on isole les personnes et si les gestes barrières restent scrupuleusement observés. Ainsi, cette campagne de tests massive lancée par la Région pourra donner une fausse sécurité aux personnes désireuses de passer les fêtes de fin d’année en famille.

Secundo, parce que si Laurent Wauquiez voulait être véritablement efficace en termes de santé publique, il agirait de concert avec l’ARS, les autorités de santé et le ministère de la Santé. Or, manifestement, ce n’est pas le cas. Dans un contexte de crise sanitaire inédit, il faut que les stratégies de santé publique et de messages adressés à la population ne soient pas contradictoires. Or, qu’une région lance, seule, un dépistage en population générale alors même que les plus hautes autorités de santé ont exprimé leurs réserves sur une telle méthode n’offre pas la meilleure garantie pour préserver la santé de nos concitoyens.

Tertio, la mise en place de tests massifs grand public risque de générer des files d’attente importantes peu compatibles avec les règles de prudence. Le détail des modalités logistiques du plan régional n’est à ce jour pas connu. Pour éviter ces files d’attente, il semble que l’obligation d’une pré-inscription des patients soit envisagée. Logiquement, cela engendrera la constitution d’un fichier. Lequel fichier sera constitué par qui ? Entre les mains de qui ? la CNIL sera-t-elle saisie de cette obligation de pré-inscription et donnera-t-elle son accord à la constitution d’un tel fichier s’agissant de données à caractère médicale ?

Si cette campagne de tests lancée par la région n’a aucun sens du point de vue de la santé publique, elle réussit cependant à faire parler de Laurent Wauquiez. Et c’est, assurément, le seul but recherché.